Un portage public bien confus du projet « HPST »

Un portage public bien confus du projet « HPST »

Après les modifications par la commission des affaires sociales du Sénat, la remise du rapport de la commission MARESCAUX, les déclarations du président de la République lundi à l’Elysée et mardi à Nancy, la discussion parlementaire a repris. Mais à travers toutes les contradictions, dans la confusion.

Le SYNCASS-CFDT confirme son très vif désaccord avec la conception projetée de la gouvernance, avec les choix contradictoires sur le management et la nomination des cadres de direction et des médecins. Les graves risques pour le service public d’un projet déséquilibré nécessitent d’être enfin corrigés.

Les arbitrages créent des hôpitaux ingérables, plus encore pour les CHU

Le SYNCASS-CFDT a récusé l’affirmation présidentielle d’un « patron », inutile facteur d’inquiétude des médecins et l’affichage d’une rivalité pour le « pouvoir ». L’enjeu de la gouvernance créée en 2005 et qu’il fallait stabiliser est la définition de la responsabilité du chef d’établissement, associant largement les médecins.

- Si le président de la République a fini par lâcher le slogan de « patron », le texte reste insatisfaisant.
Le directoire des CHU, composé de trois vice-présidents médicaux, ferait de ces praticiens les censeurs et les maîtres de la communauté médicale. Le clientélisme en est le corollaire habituel, car la suprématie de ce triumvirat porterait sur le découpage, les désignations, les ressources, l’évaluation des compétences…

- Les décisions deviendraient le fait du directoire, la responsabilité resterait au chef d’établissement.
Prétendant rectifier une insuffisante prise en compte de l’enseignement et de la recherche, on déplacerait le centre de gravité des CHU vers l’université, au risque de déséquilibres inversés, mais… pas le financement. La mise sous tutelle de l’enseignement supérieur et de la recherche n’est pas concevable pour un hôpital.

- Soumettre les CHU à une tutelle interministérielle serait facteur de contradiction et de confusion.
Le redécoupage interne des CHU, par création de « départements », selon la logique d’enseignement et de recherche, ajouterait une déstabilisation majeure pour les soins. Les soins de premier recours qu’il faudra toujours assurer demandent une organisation en référence aux prises en charge des patients, même en CHU.

- Les CHU sont d’abord des lieux de soins, la recherche et l’enseignement ne venant pas à leur place.
Les choix ignorent presque totalement les caractéristiques du management, dont la première est de prendre en compte ceux qui font vivre l’hôpital : les personnels n’existent guère pour les intérêts catégoriels des hospitalo-universitaires et les cadres n’y sont que des supplétifs pour gérer les contraintes quotidiennes inévitables.

- Le management des établissements ne peut ignorer à ce point les autres acteurs hospitaliers.

Un retour à la raison est indispensable pour tous les établissements

Le SYNCASS-CFDT souligne qu’il y a des responsables à ces dérives et en premier lieu les imprudents, toujours prompts à applaudir aux annonces et aux slogans. Ceux des professionnels qui ne se détournent qu’aujourd’hui d’un projet qui était déjà marqué, dès l’origine, des inconvénients qu’ils découvrent bien tard.

- Comment ne pas regretter la timidité des représentants de la « communauté hospitalière » à l’annonce de certains choix, pourtant en forte contradiction avec les projets et les valeurs du service public hospitalier ?

- Comment ne pas rappeler que la désunion a été choisie par un syndicat catégoriel, par intérêt tactique ou par méconnaissance, et a eu des effets ravageurs, que ce soit à l’Elysée, au Sénat ou au ministère de la santé.

- Comment supporter la cacophonie de certaines expressions contradictoires, jusqu’au défilé commun de syndicalistes et de praticiens réputés pour l’ampleur de leurs dépassements d’honoraires ? La responsabilité principale revient cependant aux responsables publics qui persistent à enchaîner les réformes inabouties alors que la stabilité des organisations est indispensables pour les faire évoluer avec le temps, l’attention et la patience que requièrent la complexité et la sensibilité des structures hospitalières. Cela est lié à la faible considération qu’ont nos ministres, pour les responsables hospitaliers, directeurs en tête.

Pour le SYNCASS-CFDT, il n’est jamais trop tard pour que les choix publics privilégient l’équilibre.

Mais cela demande enfin l’écoute de tous les avis et la prise en compte de tous les arguments. Le gouvernement doit recevoir et entendre tous les interlocuteurs, non pas seulement quelques uns.

Consulter l’analyse du rapport MARESCAUX




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